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Mais quels peuvent être les apports du décisionnel en géographie ? Pourquoi il y a si peu de décisionnel " réel " dans les SIG ?
La géographie a un champ d'investigation très large, un des défis majeur de cette science est de théoriser sur de grandes quantités de données, la problématique de l'espace occupé par
l'homme est d'abord une problématique d'échelle. Le géographe doit théoriser sur de grands ensembles et développer des outils et des méthodes permettant de synthétiser et généraliser tour à tour
et successivement. Il n'a pas attendu l'informatique pour le faire. La cartographie et la statistique ne datent pas d'hier ! Le géographe s'outille de tout ce qui lui permet de recenser
classer et ordonner depuis l'antiquité. Le découpage géographique obéit à la nécessité de hiérarchiser l'espace pour mieux le comprendre. La classification des cours d'eaux, comme la
typologie de la végétation, les catégories de climats, les exemples sont nombreux de méthodes communes, même en question de géographie humaine.
C'est la raison pour laquelle la géographie est rapidement grande consommatrice d'informatique et ce dès les années 60-70 avec l'imagerie satellitaire et la saisie de base de données
géographiques. Dès le départ les gains en termes de capacité d'analyse sont énormes. Très rapidement, en 20 ans, la communauté scientifique géographique mute complètement son outillage et
créé même une branche spécifique aux systèmes d'informations, les fameux SIG. Mais ou en est l'informatique à ce moment ? Les années 80 sont indubitablement la grande époque des bases
de données relationnelles, elles sont matures, fiables, stables et abordables ! Ce sont des années marquées par des produits comme DBASE qui ont permis la diffusion sur PC de la technologie
relationnelle, laquelle offre l'énorme avantage de la portabilité , de la standardisation (tels le langage SQL) et du partage (réseaux locaux et modèle client / serveur)
L'époque pionnière et créatrice des SIG a historiquement coïncidée avec la période informatique de la Base de donnée relationnelle. Lorsque plus tard, les informaticiens formaliseront le
modèle décisionnel, plus adapté à l'analyse, les SIG ne suivront pas. Pourquoi ? Essentiellement pour deux raisons :
1- la force du marché : en quelques années, les éditeurs de SIG sont devenus des monopoles commerciaux : ils représentent à eux seuls l'unique instrumentalisation de
l'information géographique. A la pléthore d'outils (bons et moins bons) des années 80, a succédé la domination de marques, tels que ESRI, Mapinfo, Autodesk, BENTLEY system, ou GEOCONCEPT en
France. Ces outils sont devenus ultra-performants et de bonne qualité, mais remarquons tout de même que jamais dans l'histoire de la science géographique, celle-ci n'a dépendu d'aussi peu
d'outils, car dans les faits, rien ne départage réellement ces logiciels, ils sont tous basés sur le même paradigme du relationnel. Depuis la massification de l'usage d'internet, la néogeographie
n'a rien changé à notre outillage conceptuel ; au contraire, on peut dire que l'usage d'internet a massifié la consommation d'information géographique, alors que nos méthodes pour " penser " un
SIG n'ont pas variées fondamentalement. Je constate même que les éditeurs désormais historiques, se sont tous lancés, comme un seul homme vers la mise en SGBDR de l'information géométrique :
désormais tous les SGBDR ont une cartouche géographique, et partant de là , la fusion entre SIG et base de données semble être préemptée durablement.
2-la recherche scientifique en panne : la vitesse commerciale, n'est pas comparable au temps de la recherche scientifique. Si le marché du SIG a explosé en un éclair, l'adoption
de nouveaux sujets d'études de recherche n'obéit pas aux mêmes rythmes. Pratiquement tous les logiciels ont bénéficiés d'un travail de recherche avant d'avoir un quelconque succès
commercial. Mais très vite les universitaires ont adopté ces outils sans plus avoir de relation critique avec ceux-ci , il s'agissait -et s'agit encore- de maitriser l'outil, de savoir programmer
, modeler une base, concevoir un système géographique . le SIG est seulement un outil , mais il devient une matière, un savoir à lui tout seul . Comment s'étonner alors que de
nouveaux paradigmes n'apparaissent plus ? Le SIG dans sa forme primaire n'est plus un sujet d'étude, il est devenu un dogme. Les universités, talonnées par une injonction de résultats sur le
marché du travail, s'empressent de former des ingénieurs et techniciens SIG, qui seront à leur tour convaincus que le modèle SIG-Relationnel est la seule architecture possible.
Vers des SIG décisionnels ?
Certaines questions autour de la spécificité des données géographiques n'ont toujours pas reçus de traitements adéquats, par exemple celles des données temporelles, comparer des
situations à intervalles régulier est un vrai souci, car l'historisation des données n'est pas dans la nature des systèmes transactionnels.
La conférence 2011 de l'UCGIS , organisé à Fuzhou, en Chine le 29 juillet a pour thème le SPATIAL DATA MINING et les SERVICES DE CONNAISSANCE GEOGRAPHIQUES, dans la première partie , voici
une liste des suggestion de sujets à aborder :
-Spatio-temporal analysis and modeling methods
-Geo-spatial data mining algorithms
-Spatial statistics and data mining
-Visual spatial data mining
-Spatial decision support systems
-Spatial data warehouse and spatial OLAP
-Modeling and analysis of digital elevation
-Uncertainty in geo-spatial information
-Spatio-temporal data structures and algorithms
-Systems architectures and middleware for GIS
-Spatio-temporal data quality and uncertainty
-Spatiotemporal modeling
-Spatial ontology and cognition
-Automated mapping and map generalization
Le lien complet est ici http://www.ucgis.org/Events/moreinfoarchive.asp?ID=250
La nouvelle tendance de la recherche en Information Géographique va donc être en partie portée par une nouvelle réflexion de l'outillage géographique et des modèles informatiques
sous jacents. Le SOLAP est directement abordé et devient donc un thème à part entière. Je relève que quatre thèmes suggèrent la question du temporel . Ce qui montre donc que la question des
analyses spatio-temporelles est à la pointe de la recherche. Sur ce même thème , le décisionnel offre des ressources de traitement depuis longtemps. Dans un datawarehouse on historise les
données , alors que dans une base de données on les mets à jour.
Le décisionnel n'est pas une trivialité de langage, un artefact marketing, c'est une branche de la science informatique qui se développe depuis 20 ans environ. Un petit coup d'œil aux axes
de recherche de l'IRIT (Institut de Recherche en Informatique de Toulouse) par exemple en donne une idée : http://www.irit.fr/SIG-ED-Conception-de-systemes-d
Le principal objectif recherché dans l'analyse décisionnel est le classement hiérarchique dans un ensemble de données. Ce que l'on nomme aussi un axe d'analyse. Le concepteur d'un système
décisionnel est un analyste des classements, alors que le concepteur transactionnel est un analyste des échanges. Un exemple classique de hiérarchie est l'organigramme d'une entreprise. Un
analyste décisionnel organisera le datawarehouse afin de représenter la position de chaque poste au sein de l'organisation, l'analyste transactionnel représentera lui, les échanges qui existe
entre chaque poste.
D'un côté le décisionnel s'attache à la vue organisationnelle d'un ensemble, de l'autre, le modèle transactionnel s'attache à la logique des flux entre les entités. Ces deux
ensembles n'ont rien d'antagoniques, ils sont complémentaires. Quand un Système d'Information est tourné vers l'analyse (compréhension d'une organisation) il trouvera de meilleurs outils
dans le décisionnel. Lorsqu'il s'oriente vers la transaction, le flux de données, la saisie et la mise à jour, son ambiance idéale sera le relationnel.
Dans la réalité, le mode relationnel se trouve en amont d'une entreprise car il participe de la collecte de données, Il est aussi celui qui est historiquement plus ancien, la base de
données est partout aujourd'hui, devenu un pilier incontournable de chaque organisation. Le système décisionnel se situe, lui, après (historiquement et techniquement) le système relationnel , car
il se nourrit de la donnée existante dans les SGBDR.
Dans le cas de Systèmes d'Information Géographiques, il conviendrait de se poser la question de l'architecture en adéquation avec les objectifs attendus par ses utilisateurs. Par exemple,
un SIG orienté réseau d'eau, d'énergie et de transport sera essentiellement transactionnel si les utilisateurs en attendent une information opérationnelle du type, quelle vanne ouvre quel
circuit ? Il convient dans une organisation de se poser ce genre de question, car pour un système géographique la réflexion n'est pas anodine. En effet le SIG est toujours rangé dans la
catégorie transactionnelle car l'outillage décisionnel fait cruellement défaut lorsque l'architecte veut mettre en œuvre une solution de ce type.
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Bonjour Antoine,
Votre billet est très intéressant et informatif. Comme ce travail d'écriture est bien fait et d'intérêt pour le lectorat de notre bloguie, je le proposerai comme lecture de la semaine afin d'en accroitre la visibilité auprès de nos lecteurs
Au plaisir de vous lire encore